Ce 29 mars 2025, Brice Oligui Nguema a marqué le début de sa campagne présidentielle par un discours d’une rare intensité, empreint de solennité et d’ambition. Plus qu’un simple plaidoyer électoral, il s’est présenté en bâtisseur d’un “édifice nouveau”, déterminé à inscrire le Gabon dans une dynamique de refondation profonde après les errements d’un régime qu’il a contribué à renverser.
Dès les premiers mots, le ton est donné : un discours sous le sceau de l’humilité et de la foi. Oligui Nguema invoque Dieu pour guider son engagement, rappelant que la trajectoire d’un peuple ne peut s’écrire qu’avec une vision transcendante. Une manière d’affirmer qu’il se considère comme l’instrument d’une mission bien plus grande que sa simple ambition personnelle.
Mais au-delà de la dimension spirituelle, ce discours est aussi une démonstration de puissance narrative et stratégique. Oligui Nguema structure son message autour d’une métaphore filée : le Gabon est un édifice malmené, dévasté par les années d’incurie et de prédation. L’image est forte et mobilisatrice : il ne s’agit pas d’une simple rénovation, mais d’une reconstruction en profondeur.
Une ambition assumée : le Gabon doit renaître
Le candidat indépendant ne se contente pas de critiquer le passé. Il trace un chemin clair : six piliers de transformation, articulés autour des besoins essentiels des Gabonais – énergie, emploi, infrastructures, justice sociale, économie durable et gouvernance. Cette structuration du discours n’est pas anodine. Elle répond à une nécessité : montrer que son ambition repose sur une ingénierie politique pragmatique et non sur de vagues promesses.
Là où d’autres candidats évoquent des réformes, Oligui Nguema parle de rupture. Il ne se positionne pas comme l’héritier d’un système en place, mais comme le maître d’œuvre d’une refondation. Son passé militaire devient ici un atout : il se présente comme un homme de terrain, habitué aux décisions tranchées, prêt à imposer une discipline nouvelle à l’appareil d’État.
Son programme social est ambitieux :
• Accès universel à l’eau et à l’électricité : “L’accès à l’électricité n’est pas un privilège mais un droit constitutionnel.”
• Éducation et formation : création de 160 000 emplois, alignement formation-emploi.
• Révolution des infrastructures : finalisation de la Transgabonaise, désenclavement des provinces, développement du logement social.
• Modernisation de la santé : fin des évacuations sanitaires, spécialisation des hôpitaux pour faire du Gabon une référence en tourisme médical.
• Relance de l’économie par la transformation locale des matières premières : le “Made in Gabon” comme marque de souveraineté économique.
Un tournant géopolitique et économique
Ce discours marque aussi une affirmation de souveraineté face aux partenaires internationaux. Oligui Nguema rappelle qu’il a renégocié la dette et honoré les engagements du Gabon auprès des institutions financières mondiales. Ce faisant, il se positionne comme l’interlocuteur crédible des bailleurs de fonds, écartant toute possibilité d’une mise sous tutelle du pays.
Son ambition pour le Gabon dépasse les frontières : il veut réintégrer le pays dans le concert des nations. Il met en avant le retour du Gabon dans les instances africaines et internationales, tout en affichant une diplomatie pragmatique, fondée sur des partenariats équilibrés.
Le pari d’un leadership fort et structurant
Mais au-delà des propositions, c’est la posture de Brice Oligui Nguema qui interpelle. Il se pose en leader charismatique, en père bâtisseur d’un Gabon en reconstruction. Il ne demande pas un mandat pour gérer, mais un mandat pour transformer.
Face aux sceptiques, il ne se contente pas d’arguments théoriques. Il brandit son bilan : l’augmentation de la production pétrolière, le redressement des entreprises stratégiques (Assala, SNBG, Tullow Oil, SMP), la relance des grands chantiers. Son message est clair : il a prouvé en 19 mois ce que d’autres n’ont pas accompli en 14 ans.
Un appel à la renaissance collective
Ce discours ne s’adresse pas seulement aux électeurs, mais au peuple gabonais dans son ensemble. Il veut créer un élan national, un “choc mental”, une réconciliation entre les citoyens et l’État.
Dès lors, le slogan “Bâtissons l’édifice nouveau” prend une dimension plus profonde. Il ne s’agit pas simplement de construire des infrastructures, mais de rebâtir une identité nationale fondée sur la justice, le mérite et l’unité.
Oligui Nguema : un candidat hors normes ?
Avec ce discours, Brice Oligui Nguema redéfinit les contours de la campagne présidentielle. Il impose un cadre, un tempo, un récit. Il ne débat pas à armes égales avec les autres candidats : il les oblige à se repositionner face à lui.
Son pari est risqué : il doit convaincre qu’il incarne un véritable renouveau, sans être prisonnier de l’héritage du pouvoir. Il doit démontrer que son programme est réalisable et que son engagement pour le peuple ne se limitera pas à des discours de campagne.
Mais une chose est certaine : avec cette entrée en matière, il a déjà pris une longueur d’avance.
