Depuis son exil londonien, Ali Bongo Ondimba, évincé du pouvoir le 30 août 2023, tente de rappeler son existence politique. En appelant récemment les Gabonais à voter massivement pour le Parti démocratique gabonais (PDG) lors des législatives et locales, l’ancien chef de l’État a voulu se positionner comme une voix d’autorité. Mais derrière cette sortie, un constat s’impose : Ali Bongo est désormais un acteur périphérique, coupé des réalités de son pays et de plus en plus marginalisé.

La situation illustre une réalité récurrente sur le continent africain : la difficulté pour certains dirigeants déchus d’accepter leur perte de pouvoir. À l’image de Blaise Compaoré, longtemps installé en Côte d’Ivoire après sa chute au Burkina Faso, ou de Yahya Jammeh, reclus en Guinée équatoriale depuis son départ de Gambie, Ali Bongo manifeste la même tentation : continuer à peser à distance sur la vie politique nationale, alors même que l’appareil partisan et la population ont déjà tourné la page.

Le PDG, longtemps considéré comme son instrument, s’est redéfini sans lui. Dirigé par Blaise Louembé et Angélique Ngoma, le parti a cessé toute allégeance à l’ancien président et s’est aligné depuis deux ans sur la vision du chef de l’État actuel, Brice Oligui Nguema, élu démocratiquement le 12 avril 2025. Cette recomposition traduit une rupture structurelle : Ali Bongo n’est plus une référence, même dans son propre camp.

En réalité, sa démarche traduit moins une stratégie qu’une quête de visibilité. Ali Bongo refuse l’effacement. Comme d’autres anciens dirigeants africains avant lui, il peine à accepter que sa voix n’a plus de portée politique. Son appel au vote n’a pas de contenu programmatique, pas de vision : il est l’expression d’un ego blessé, d’une volonté de troubler l’ordre établi, de créer artificiellement une confusion qui ne prend pas.

Du côté des Gabonais, le divorce est consommé. Après des années d’immobilisme, de scandales financiers et d’autoritarisme, son régime a été rejeté sans regret. Le pays s’inscrit aujourd’hui dans une nouvelle trajectoire, incarnée par une direction politique qui, qu’on la soutienne ou non, s’appuie sur une légitimité fraîche et un désir de rupture avec le passé.

Au final, l’attitude d’Ali Bongo met en lumière un paradoxe fréquent dans les transitions africaines : le refus d’une certaine génération de dirigeants de reconnaître que le temps politique a une fin. À vouloir s’accrocher, ils ne font souvent que renforcer l’image de leur isolement et accentuer la fracture entre eux et leurs peuples. Dans ce registre, l’appel de Londres n’est pas un acte d’influence. C’est le signe d’une impuissance.

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