Alors que le mois d’octobre débute sous le signe de la sensibilisation au cancer du sein, une publication émanant de la fondation de l’ancienne première dame du Gabon, Sylvia Bongo Ondimba, soulève des interrogations.
Sur sa page Facebook officielle, la Fondation Sylvia Bongo Ondimba pour la Famille a diffusé plusieurs captures d’écran de messages privés, dans lesquels des utilisateurs supposés la remercient pour son engagement dans la lutte contre le cancer au Gabon.
Mais selon plusieurs analystes du numérique et observateurs locaux, ces messages auraient été générés par une intelligence artificielle, remettant en cause leur authenticité et soulevant des doutes sur les intentions réelles de cette démarche.
Des messages artificiels au cœur d’une opération de communication
L’analyse des publications laisse apparaître des formulations standardisées, des phrases sans ancrage personnel et une syntaxe typique des outils de génération automatique de texte.
Pour de nombreux spécialistes, ces contenus ne sont pas le fruit de témoignages spontanés, mais d’une mise en scène numérique destinée à simuler un soutien populaire à Sylvia Bongo, absente de la scène gabonaise depuis le coup d’État militaire du 30 août 2023.
L’exil, le silence, et le besoin d’exister
Installée à Londres depuis la chute du régime de son époux, Ali Bongo, Sylvia Bongo se trouve aujourd’hui à l’écart du processus politique gabonais, alors que le pays tente une transition institutionnelle.
Ses prises de parole sont rares, mais sa fondation continue de publier ponctuellement des messages, souvent liés à des causes sociales. Cette stratégie de communication apparaît comme une tentative de maintenir une forme de visibilité publique, dans un pays où le nom “Bongo” est désormais associé à une période que beaucoup veulent dépasser.
Une cause dévoyée ?
La campagne d’Octobre Rose est une initiative mondiale visant à sensibiliser à la lutte contre le cancer du sein. Le Gabon, qui connaît des inégalités d’accès aux soins, en avait fait un axe prioritaire durant les années de présidence d’Ali Bongo.
Mais l’utilisation contestée de cette cause à des fins d’image personnelle suscite l’indignation de plusieurs acteurs de la société civile gabonaise, qui y voient une tentative de récupération maladroite.
« Ce genre de publication fragilise la crédibilité des actions sociales, surtout lorsqu’elles sont mêlées à des manipulations numériques », confie une militante associative.
Une société en quête de vérité et de transparence
Depuis le changement de régime, le Gabon vit une phase de transition politique marquée par une forte attente de justice, de transparence et de renouveau démocratique.
Dans ce contexte, les initiatives de figures de l’ancien pouvoir sont observées avec prudence, voire méfiance. La tentative apparente de recréer artificiellement un lien avec le peuple pourrait bien produire l’effet inverse : renforcer le sentiment de rupture entre l’ancienne première dame et la population gabonaise.
