Avant l’uniforme, avant les tribunes et avant le grand défilé, il y eut la route. Presque dix heures de trajet pour rejoindre Makokou depuis Ngouoni. À elle seule, cette décision raconte une grande partie de la stratégie déployée par Brice Oligui Nguema autour de la Fête de la Libération 2026 : descendre au niveau du territoire, voir les distances, traverser les localités et arriver dans l’Ogooué-Ivindo non pas depuis le ciel, mais par les mêmes axes que ceux empruntés par les populations. La presse gabonaise a très vite relevé la portée symbolique de ce choix.

Cette traversée a donné une cohérence particulière au reste du séjour. Car dans l’Ogooué-Ivindo, la question de la route n’est jamais abstraite. Quelques jours auparavant, 144 engins avaient été présentés pour accélérer le chantier Makokou-Mékambo-Ekata. Sur environ 260 kilomètres, l’État joue là une partie essentielle du désenclavement provincial. Le rapprochement était presque inévitable : pendant que les machines se préparaient à rejoindre le chantier, le Président éprouvait lui-même pendant des heures la réalité du déplacement terrestre entre les provinces.

Une fois arrivé, le chef de l’État a multiplié les séquences dont le point commun était la proximité. L’une des plus symboliques fut l’hommage à Emmanuel Issoze Ngondet. En inaugurant à Makokou le mausolée de l’ancien Premier ministre, disparu en 2020, Brice Oligui Nguema a donné à sa présence une dimension mémorielle. La Libération se présentait ainsi non comme une négation de tout ce qui avait précédé 2023, mais comme une occasion de reconnaître des personnalités ayant servi l’État par-delà les périodes politiques.

À Booué, la proximité a changé de registre. Elle est devenue concrète : entrer dans un hôpital, mettre en service un commissariat, ouvrir une station d’eau. L’établissement sanitaire rénové offre notamment maternité, gynécologie, laboratoire, imagerie et bloc opératoire. La station de traitement porte pour sa part la production d’eau de 600 à 1 800 m³ par jour. Le discours présidentiel pouvait ainsi s’appuyer sur une démonstration simple : la présence de l’État ne vaut que lorsqu’elle produit des services.

Le samedi 29 août, Makokou est devenue le centre de cette politique de proximité. Le bâtiment administratif, le marché municipal, Gab’Oil, la BCEG, la CNSS et son centre médico-social ainsi que l’Ivindo Palace ont été mis en avant dans une même journée. La transformation de la ville n’est pas homogène : elle touche à la fois le fonctionnement administratif, l’activité des commerçantes, le financement des PME, l’accès au carburant, la couverture sociale et les capacités hôtelières. Cette diversité explique pourquoi plusieurs médias ont parlé non d’une inauguration isolée mais d’un « nouveau visage » de Makokou.

Le 30 août, l’uniforme militaire a évidemment dominé les images. Trois ans après le changement politique de 2023, Brice Oligui Nguema s’est présenté devant les troupes dans une tenue renvoyant directement à son identité militaire. La scène était extrêmement codée : honneurs, montée des couleurs, distinctions, défilé pédestre et motorisé. Mais la parade s’est ensuite ouverte au civil, à la jeunesse, aux traditions et aux communautés locales. L’image du soldat n’a donc pas été isolée de celle du Président : elle a servi de pont entre le récit du 30 août 2023 et celui du chef de l’État de 2026.

La Coupe de la Libération, disputée au stade Alexandre Sambat, a complété cette construction. Makokou a largement battu Booué, 5 buts à 0, devant une assistance décrite comme nombreuse et enthousiaste. Là encore, le sport a permis de sortir du seul cérémonial institutionnel et de replacer les populations dans la fête.

La proximité, cependant, ne doit pas devenir un concept vide. Ce que Makokou a montré de plus intéressant est précisément qu’elle peut être reliée à des réalisations. Aller sur le terrain n’a de valeur politique durable que si ce terrain change. C’est là que l’hôpital de Booué, son eau, le marché de Makokou, la BCEG ou la route vers Mékambo et Ekata deviennent essentiels : ils donnent une matérialité à la posture présidentielle.

Au terme de cette séquence, Brice Oligui Nguema aura donc produit une image particulièrement cohérente : celle d’un Président qui prend la route, rend hommage à la mémoire, inaugure, célèbre, exige des résultats puis partage une fête populaire. Reste désormais l’épreuve la plus exigeante : celle de la durée. Car un Président peut parcourir dix heures de route en une journée ; transformer durablement une province demande des années.

Share.

Laisser un commentaireAnnuler la réponse.

En savoir plus sur Actu Express

Abonnez-vous pour poursuivre la lecture et avoir accès à l’ensemble des archives.

Poursuivre la lecture

Exit mobile version