Dans une République en pleine reconstruction morale et institutionnelle, certains silences deviennent des fautes. Et certaines paroles, des actes de souveraineté. Celle prononcée par Eddy Minang, procureur général près la cour d’appel judiciaire de Libreville, restera dans les annales comme une déclaration de guerre contre la désinformation, l’arrogance néocoloniale et la politisation du droit.
Face à la polémique orchestrée autour de la mise en liberté provisoire de Sylvia Bongo Ondimba Valentin et de son fils Noureddine Bongo Valentin, il n’a pas esquivé. Il n’a pas négocié. Il n’a pas tempéré. Il a choisi la frontalité du droit, la précision des textes, la rigueur du juge.
« Je n’ai commis aucune erreur de droit. »
Une phrase sèche, tranchante, sans appel. Et pourtant, derrière cette formule laconique se cache une réaffirmation magistrale : la justice gabonaise n’est plus un théâtre d’ombres, mais un rempart. Un rempart contre les pressions extérieures, contre les manipulations internes, contre les experts autoproclamés qui confondent prétoire et micro.
Ce que Minang a accompli ce jour-là dépasse largement le cadre procédural. Il a remis la parole juridique au centre de la cité, il a refusé le chantage émotionnel, et il a démasqué l’hypocrisie de ceux qui, tout en réclamant la justice, veulent en dicter le sens selon leurs intérêts.
Il a rappelé, texte à l’appui – notamment l’article 143 du Code de procédure pénale –, que la mise en liberté provisoire est un droit reconnu par les lois gabonaises. Il a souligné que cette mesure n’exige pas nécessairement une interdiction de sortie du territoire, balayant au passage les extrapolations fantaisistes des défenseurs du sensationnalisme juridique.
Mais surtout, Eddy Minang a mis à nu le vide argumentaire et le manque de probité intellectuelle de ses détracteurs. Il a qualifié d’« absurde » et de « ridicule » l’accusation de détention arbitraire. Et il a osé dire ce que beaucoup taisent : que derrière ces postures outrées se cache un vieux logiciel de domination morale, où les systèmes judiciaires africains sont soupçonnés de déviance à chaque fois qu’ils ne cèdent pas à la pression du récit occidental.
En citant le règlement intérieur des barreaux français et un arrêt de la Cour de cassation, Minang a retourné les armes du droit contre ceux qui prétendaient s’en faire les gardiens. Il a rappelé, avec une élégance glaciale, que la déontologie ne s’arrête pas à la frontière des intérêts. Que l’honneur d’un avocat ne réside pas dans sa capacité à faire du bruit, mais à respecter les formes. Et que la justice ne se rend pas dans les studios de télévision, mais dans les enceintes légitimes de la République.
Ce discours n’était pas défensif. Il était affirmatif, structurant, historique. Il est l’expression d’un tournant : la fin de la justice soumise, la fin des juges acculés, la fin des décisions honteusement décrédibilisées par des puissances ou des clientèles qui n’acceptent pas de perdre la main.
Eddy Minang a incarné le refus du complexe. Il a incarné la verticalité d’un État qui s’assume. Il a rappelé que le Gabon n’a plus besoin d’un regard extérieur pour valider ses procédures.
Dans un monde où trop d’acteurs cèdent à la servilité diplomatique ou à la compromission morale, la voix d’un procureur qui s’en tient aux faits, aux textes et à la loi est un acte de courage. Et dans un pays en quête de réhabilitation politique, cette parole devient fondatrice.
L’Histoire retiendra peut-être cette intervention non pas comme une simple réponse à des critiques, mais comme le moment où la magistrature gabonaise a repris l’initiative. Un tournant. Une rupture.
Et dans ce tournant, Eddy Minang ne fut pas un simple fonctionnaire du droit. Il fut son glaive.
