De retour d’une tournée diplomatique, le président gabonais a convoqué son ministre de l’intérieur, Hermann Immongault, pour exiger des explications après les dysfonctionnements constatés lors du scrutin législatif et local du 27 septembre.
Quelques heures seulement après avoir quitté Cuba, dernière étape de sa tournée internationale, le président gabonais Brice Clotaire Oligui Nguema a pris la décision de convoquer, dès son arrivée à Libreville, le ministre de l’intérieur, Hermann Immongault, en charge de l’organisation des élections législatives et locales qui se sont tenues le 27 septembre.
La rencontre, discrètement tenue au salon présidentiel de l’aéroport international de Libreville, a été motivée par les nombreuses irrégularités relevées sur le terrain et dénoncées sur les réseaux sociaux. Selon plusieurs témoins proches de la présidence, l’échange aurait été direct et particulièrement ferme. Le président aurait rappelé à son ministre la nécessité de garantir un processus électoral irréprochable.
Une vigilance accrue autour d’un scrutin symbolique
Les élections du 27 septembre constituent un jalon central dans le processus de refondation institutionnelle engagé par Brice Oligui Nguema, depuis son accession au pouvoir en septembre 2023 à la suite d’un coup d’État ayant mis fin au régime d’Ali Bongo Ondimba. Présentées comme les premières consultations d’envergure de la 5e République, ces élections étaient censées renforcer la légitimité des nouvelles institutions.
Si le scrutin s’est globalement déroulé dans le calme, avec une participation estimée à 53 %, plusieurs dysfonctionnements ont été rapportés, notamment des retards dans l’ouverture de certains bureaux de vote, des erreurs de matériel électoral et des tensions isolées dans quelques localités. Ces éléments ont suscité des critiques sur les réseaux sociaux, relançant les interrogations sur la capacité de l’appareil administratif à assurer une transition transparente.
Une deuxième alerte adressée à Hermann Immongault
Ce rappel à l’ordre présidentiel constitue le deuxième depuis le début du processus électoral, signe d’une impatience croissante au sommet de l’État. Il révèle également les tensions internes au sein de l’exécutif, alors que le président gabonais cherche à maintenir un équilibre entre continuité administrative et exigence de rupture avec les pratiques du passé.
Depuis plusieurs mois, Brice Oligui Nguema construit sa posture présidentielle autour de trois axes : discipline, transparence et efficacité. À travers cette convocation, il adresse un message clair : la rigueur administrative est désormais une condition sine qua non de la nouvelle gouvernance.
Retour à l’agenda intérieur après une séquence diplomatique
Avant cette intervention, le chef de l’État s’était illustré sur la scène internationale, prenant la parole à la tribune des Nations unies à New York, puis scellant plusieurs accords de coopération avec Cuba. Sa réactivité à son retour témoigne d’une volonté de recentrer l’action présidentielle sur les enjeux nationaux, à la veille du second tour des élections.
Ce dernier, dont la date n’a pas encore été officiellement confirmée, est attendu avec prudence par les observateurs et les partenaires du Gabon. Le chef de l’État entend visiblement prévenir toute forme de contestation, dans un contexte où la légitimité du nouveau régime repose encore sur des équilibres fragiles.
