À l’approche de la visite d’Emmanuel Macron à Libreville, annoncée pour la fin du mois de novembre, une déclaration a suscité de nombreuses réactions au Gabon. L’ancien Premier ministre Alain-Claude Bilie-By-Nze a affirmé ne pas vouloir « s’empresser » de rencontrer le président français, invité par le chef de l’État gabonais, le général Brice Clotaire Oligui Nguema. Une sortie qui interroge, moins par son contenu que par le moment choisi et la contradiction qu’elle révèle.
Un paradoxe assumé
Celui qui dit ne pas vouloir se précipiter vers Macron est pourtant le premier à évoquer publiquement sa venue. Une posture jugée paradoxale par plusieurs observateurs politiques à Libreville. « Bilie-By-Nze se place au centre d’un événement dont il n’est pas partie prenante, ni institutionnellement, ni diplomatiquement », estime un analyste gabonais contacté par notre rédaction. Pour ses détracteurs, cette intervention traduit surtout une volonté de rester visible sur la scène nationale, un “rappel d’existence” plus qu’une prise de position sur le fond.
Une visite d’État, un cadre institutionnel précis
La visite du président français s’inscrit dans un cadre bilatéral entre Paris et Libreville. Selon la présidence gabonaise, il s’agit d’un déplacement axé sur la coopération énergétique, éducative et environnementale, dans la continuité du partenariat entre les deux pays.
Dans ce contexte, la parole de Bilie-By-Nze surprend : il ne détient aujourd’hui aucun mandat institutionnel et n’a aucun rôle dans la préparation de cette rencontre.
« C’est une initiative d’État à État, pas une scène politique ouverte », rappelle un diplomate gabonais.
Un calcul politique ?
Depuis plusieurs mois, Alain-Claude Bilie-By-Nze multiplie les interventions médiatiques. Ancien Premier ministre du président déchu Ali Bongo Ondimba, il s’exprime régulièrement sur les grands sujets nationaux, souvent pour commenter les orientations du gouvernement de transition. Pour certains analystes, cette stratégie répond à un objectif clair : maintenir sa présence dans le débat public. « À défaut d’être dans l’agenda de Macron, il veut rester dans celui des médias », ironise un journaliste local.
Une communication qui divise
Ce type de sortie n’est pas sans conséquence. En brouillant les messages diplomatiques, il entretient une confusion entre communication personnelle et diplomatie d’État. « Le sérieux diplomatique suppose la retenue, pas le commentaire permanent », souligne un spécialiste des relations internationales basé à Libreville.
Une réserve que le principal intéressé semble ne pas partager, préférant multiplier les prises de parole pour rappeler son expérience et sa connaissance des dossiers.
L’enjeu pour Libreville : la crédibilité
Pour les autorités gabonaises, la venue d’Emmanuel Macron revêt une importance stratégique : relancer une coopération équilibrée avec la France, marquée par une volonté de “partenariat d’égal à égal”. Toute tentative d’en détourner la portée diplomatique, estiment certains responsables, pourrait fragiliser l’image d’un pays en reconstruction politique et institutionnelle. « Le Gabon a besoin d’un discours collectif et responsable, pas de querelles d’ego », résume un conseiller proche du palais du Bord de mer.
Une parole qui interroge
Alain-Claude Bilie-By-Nze, figure politique chevronnée, continue d’occuper le terrain médiatique malgré l’absence de fonction officielle. Mais en annonçant ce qu’il prétend ne pas vouloir commenter, il prend le risque d’alimenter l’idée d’un opportunisme médiatique persistant. Dans un Gabon en pleine recomposition politique, sa sortie illustre une tension récurrente : celle des anciens responsables qui refusent de s’effacer totalement, même quand la scène diplomatique ne leur appartient plus.
