Au Gabon, le président Brice Oligui Nguema défend avec insistance la création de la Taxe Forfaitaire d’Habitation (TFH), présentée comme une mesure destinée à éviter une austérité jugée dangereuse pour la cohésion sociale. L’exécutif affirme que le pays traverse une période budgétaire délicate où près de 95 % des recettes sont absorbées par la dette et les salaires de la fonction publique, ne laissant aucune marge pour financer les services urbains essentiels. Le chef de l’État assume un arbitrage politique : plutôt qu’une cure de rigueur, il préfère faire appel à une mobilisation interne limitée mais partagée par l’ensemble des ménages.
Cette réforme, assure-t-il, répond à un impératif social clair : maintenir les bourses scolaires et universitaires, préserver les emplois dans l’administration et éviter un choc économique pour les familles. « Je ne vais jamais licencier un Gabonais à la fonction publique », répète Brice Oligui Nguema pour marquer l’orientation sociale de sa gouvernance. Selon lui, renoncer à ces acquis fragiliserait le tissu social et ouvrirait une période d’instabilité difficilement maîtrisable.
L’originalité de la TFH réside dans son caractère progressif. Les autorités affirment que les habitants des quartiers aisés contribueront davantage, avec des montants pouvant atteindre 30 000 FCFA, tandis que les familles vivant dans les zones populaires verseront entre 500 et 1 000 FCFA. Pour le gouvernement, il s’agit d’une taxe de solidarité, « à la Robin des Bois », dans laquelle ceux qui disposent des revenus les plus élevés participent à la préservation des services dont bénéficie l’ensemble de la population.
L’ambition affichée est également très concrète : améliorer la propreté urbaine, renforcer l’entretien des voies secondaires et financer les premiers programmes de logements sociaux depuis plusieurs années. Les autorités reconnaissent que le budget actuel de la salubrité, environ un milliard de FCFA ne permet plus d’assurer un nettoyage régulier dans Libreville, Owendo ou Akanda. Avec la TFH, l’exécutif promet une action visible dès les premiers mois, notamment dans les quartiers où les ordures et les eaux stagnantes perturbent le quotidien.
Pour assurer un recouvrement large et rapide, l’État a confié la collecte de cette taxe à la SEEG, le distributeur d’électricité. Le gouvernement soutient que ce choix est avant tout technique : la facture d’électricité est l’un des rares outils permettant d’atteindre l’ensemble des ménages urbains, y compris ceux du secteur informel. Les recettes seront automatiquement réparties entre les municipalités et le Trésor public, un mécanisme que l’exécutif présente comme une garantie de transparence.
Face aux critiques, Brice Oligui Nguema insiste sur le caractère protecteur de la réforme. Selon lui, pour un montant « modeste » dans les quartiers populaires, les Gabonais éviteront la baisse des salaires publics, préserveront les bourses des étudiants et contribueront directement à l’amélioration de leur environnement quotidien. Le message se veut pédagogique : il s’agit de « contribuer pour bâtir », un effort partagé pour maintenir le modèle social tout en améliorant le cadre de vie.


