Le débat sur la souveraineté financière gabonaise change de nature. À Libreville, Marius Nkori, Administrateur Directeur Général de la CDC, a profité de l’ouverture du FONED 2026 pour déplacer la question du financement du développement : il ne s’agit plus seulement de savoir combien de capitaux étrangers le Gabon peut attirer, mais quelle part de sa transformation il est en mesure de financer lui-même. Cette inflexion traduit une volonté de redonner une fonction stratégique à l’épargne domestique.
Le Programme National de Croissance et de Développement 2026-2030 suppose des besoins d’investissement considérables. Or, dans son intervention, Marius Nkori a souligné un paradoxe : les économies africaines dénoncent régulièrement un déficit de financement alors qu’elles disposent déjà de ressources significatives, mais souvent mal orientées. Le sujet devient donc moins celui de la création de richesse financière que de son intermédiation, de sa sécurisation et de sa transformation en capital patient.
Dans cette architecture, la CDC souhaite s’imposer comme une institution de long terme. Elle se présente comme un intermédiaire capable de réduire l’écart entre les ressources disponibles aujourd’hui et les besoins futurs de l’économie. Marius Nkori a toutefois pris soin d’insister sur la complémentarité avec les banques, les assurances et les investisseurs. Le message est politique autant que financier : la CDC entend se placer au cœur du système sans prétendre en devenir l’unique centre de gravité.
La diaspora constitue l’autre réservoir ciblé par cette stratégie. Le Gabon cherche à dépasser la logique des simples transferts familiaux et à créer un cadre d’investissement plus structuré. La restitution de l’étude DIASDEV doit fournir des indications sur les conditions de confiance nécessaires pour attirer cette épargne : sécurité juridique, transparence, rendement, gouvernance et visibilité sur les projets. L’initiative OKIRA 241 apparaît, à ce stade, comme l’un des instruments possibles de cette nouvelle politique.
Le défi est cependant considérable. Transformer une doctrine de souveraineté financière en réalité suppose davantage que des déclarations : il faut des produits d’épargne crédibles, des projets bancables, une gouvernance solide et une confiance durable. C’est là que la CDC sera réellement jugée. Le FONED ouvre une orientation stratégique ; il lui reste désormais à produire des mécanismes capables de démontrer que l’épargne gabonaise peut effectivement devenir un outil de puissance économique.


