Dans une tentative désespérée de redorer son image après une cuisante défaite à la présidentielle d’avril 2025, Alain-Claude Bilie-By-Nze, ancien Premier ministre sous Ali Bongo, s’est lancé dans une opération de séduction médiatique autour de l’affaire des déguerpissements de Plaine Orety. En engageant trois avocats historiquement liés au clan Bongo, dont la sulfureuse Maître Gisèle Eyue Bekale, défenseure attitrée de Sylvia et Nourredin Bongo depuis le coup d’État de 2023, Bilie-By-Nze semble jouer une carte opportuniste. Mais cette manœuvre, loin de convaincre, soulève des questions troublantes : qui finance réellement ces avocats ? Et à quel jeu politique joue l’ancien dignitaire du régime Bongo ?

Un Choix d’Avocats qui Interroge

Bilie-By-Nze a annoncé avec fracas avoir mandaté trois avocats – Maîtres Moumbembe, Mba Ondo et Gisèle Eyue Bekale – pour défendre les familles expulsées de Plaine Orety, dans le 5e arrondissement de Libreville. Si l’ancien Premier ministre se présente comme un « citoyen solidaire », son choix d’avocats trahit une proximité suspecte avec le clan Bongo. Maître Gisèle Eyue Bekale, en particulier, est une figure incontournable du cercle Bongo, ayant assuré la défense de Sylvia Bongo et de son fils Nourredin, détenus pour des accusations de blanchiment de capitaux après la chute du régime. Les deux autres avocats, bien que moins médiatisés, sont également connus pour avoir servi les intérêts de la famille Bongo pendant des décennies.

Pire encore, des observateurs politiques gabonais murmurent que ces avocats pourraient être financés, directement ou indirectement, par le clan Bongo lui-même. Bilie-By-Nze, perçu comme un relais opportuniste, servirait ainsi de paravent à une opération orchestrée depuis l’ombre pour maintenir l’influence de l’ancien régime. Cette hypothèse, si elle se confirmait, jetterait une lumière crue sur les véritables motivations de l’ancien Premier ministre, dont la carrière a été bâtie à l’ombre du Parti démocratique gabonais (PDG) et des Bongo.

Une Instrumentalisation Politique Évidente

L’affaire des déguerpissements de Plaine Orety, dénoncée par Bilie-By-Nze comme une « punition collective » et une « brutalité d’État », est devenue un terrain fertile pour les calculs politiques. À l’approche des élections législatives et locales prévues pour septembre 2025, Bilie-By-Nze tente de se repositionner comme une figure d’opposition face au président de la Transition, Brice Clotaire Oligui Nguema. Son discours enflammé, qui fustige l’absence de relogement et d’indemnisations, vise à capter la colère des populations affectées. Mais cette posture de défenseur des opprimés peine à convaincre.

D’une part, Bilie-By-Nze traîne un lourd passif. Son score humiliant de 3,02 % à la présidentielle de 2025 a révélé un rejet massif de sa personne par l’électorat, lassé de son association avec l’ère Bongo. D’autre part, son soudain intérêt pour Plaine Orety apparaît comme une récupération tardive d’une cause déjà largement prise en main par les autorités. Le président Oligui Nguema, conscient des risques d’instrumentalisation, a rencontré les déguerpis et les responsables de l’opération, annonçant des mesures concrètes pour apaiser les tensions. Cette intervention rapide a désamorcé la polémique, rendant la croisade de Bilie-By-Nze presque anachronique.

Un Pari Risqué qui Ne Trompe Personne

En s’appuyant sur des avocats associés aux Bongo, Bilie-By-Nze prend un risque considérable. L’opinion publique gabonaise, encore marquée par les 55 ans de règne du PDG, est particulièrement sensible aux relents de l’ancien régime. En s’affichant comme le porte-voix des déguerpis tout en s’entourant de figures liées aux Bongo, il s’expose à des accusations de duplicité. Les Gabonais, qui aspirent à une rupture nette avec le passé, ne sont pas dupes : Bilie-By-Nze, loin d’incarner une opposition crédible, semble plutôt chercher à recycler son image en surfant sur une cause populaire.

De plus, son discours moralisateur sur la « justice » et la « dignité » des expulsés sonne creux face à son silence assourdissant durant des décennies de gouvernance controversée sous Ali Bongo. Comme le souligne un analyste politique local, « Bilie-By-Nze ne peut pas se réinventer en champion des droits humains après avoir été un pilier du système qu’il critique aujourd’hui. » Cette incohérence risque de lui coûter cher dans une arène politique où la crédibilité est devenue une monnaie rare.

Une Affaire Déjà Maîtrisée par le Pouvoir

L’affaire de Plaine Orety, bien que douloureuse pour les familles concernées, est en voie de résolution. Le président Oligui Nguema, en s’engageant directement auprès des déguerpis, a coupé l’herbe sous le pied des opportunistes. Les mesures annoncées – dont des solutions de relogement et une révision des modalités d’indemnisation – témoignent d’une volonté de calmer les tensions et de répondre aux attentes des citoyens. Cette proactivité contraste avec les gesticulations de Bilie-By-Nze, dont l’initiative, tardive et suspecte, semble davantage dictée par des calculs électoraux que par une réelle empathie pour les victimes.

Une Manœuvre qui Tombe à Plat
En recrutant les avocats des Bongo pour défendre les déguerpis de Plaine Orety, Alain-Claude Bilie-By-Nze espérait se refaire une virginité politique. Mais cette stratégie, maladroite et mal calibrée, ne fait que révéler son opportunisme et sa dépendance persistante au clan Bongo. Loin de s’imposer comme une alternative crédible au président Oligui Nguema, il s’enfonce dans une posture d’opposant de façade, incapable de convaincre une population en quête de renouveau. L’affaire de Plaine Orety, déjà en passe d’être résolue, ne sera pas la vague sur laquelle Bilie-By-Nze pourra surfer. Le Gabon, lui, continue d’avancer, malgré les relents d’un passé que certains refusent de laisser derrière eux.

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