C’est un dossier hautement sensible que le pouvoir gabonais vient d’ouvrir. Le président Brice Oligui Nguema a ordonné la création d’un mécanisme juridique destiné à limiter les rémunérations des patrons des entreprises publiques et parapubliques. L’annonce, faite à l’issue du Conseil des ministres du 22 mai, marque une rupture avec des décennies de pratiques dénoncées par une partie de l’opinion comme l’un des visages les plus visibles des inégalités au sein de l’État.
Dans les couloirs de l’administration gabonaise, les écarts de traitement entre hauts dirigeants et agents ordinaires alimentent depuis longtemps frustrations et critiques. Certaines directions générales disposent de niveaux de rémunération très éloignés des standards de la fonction publique. Le gouvernement estime aujourd’hui que cette situation alourdit excessivement les charges de l’État au moment où les finances publiques sont soumises à une pression croissante.
La future réforme concernera les établissements publics, les sociétés d’État ainsi que les sociétés d’économie mixte. Le périmètre est donc considérable. Les autorités veulent empêcher la reproduction de mécanismes opaques ayant permis, au fil des années, l’explosion des avantages accordés à certains responsables. Le ministère de l’Économie devra désormais transformer l’annonce présidentielle en texte applicable.
Le défi sera cependant autant politique que technique. Le Gabon devra définir des critères crédibles : plafonds fixes, rémunérations indexées sur les performances des entreprises ou barèmes adaptés à la taille des structures concernées. Plusieurs pays africains ayant tenté des réformes comparables ont dû revoir leurs dispositifs après des résistances internes ou des effets inattendus sur la gouvernance des entreprises publiques.
Pour Brice Oligui Nguema, cette initiative s’inscrit dans une stratégie plus large de refondation de l’État et de moralisation de la gestion publique. Le chef de l’État cherche à démontrer que l’effort budgétaire ne reposera pas uniquement sur les citoyens, mais également sur les élites administratives. Une orientation qui pourrait renforcer son image de dirigeant réformateur, à condition que la mesure soit effectivement appliquée dans la durée.


